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Les cahiers du club
Les plus lourds que l'air
Le 15/08/2007
Bonjour Claude,
Un
pilote
taquin m’annonçait froidement au
cours d’un décollage a l’Alpes d’Huez, qu’avec moi, c’était plus difficile …..
Ce a quoi j’objectais avec énergie, qu’au contraire, mon poids, du fait
de la pente, favorisait le décollage. Ayant souvenir
d’une superbe étude de ta main, je me disais que peut être, a temps perdu, pour
le plaisir, tu saurais peut être démontrer en quelque lignes, sous une forme
légère que Hervé + Claude au décollage de l’Alpes d’HUEZ
donne une meilleure vitesse en bas de la pente que deux poids plumes
version « trop maigres pour être honnêtes »
Hervé
Le 16/08/2007
Bonjour Hervé,
J’ai une
nouvelle
version du site, que je n’ai pas mise en ligne parce qu’il y a encore plus
de calculs que dans la première, ce qui n’est pas peu dire. Dans cette version, j’étudie la course au décollage en tenant compte de
la pente, de la traction de l’hélice (qui dépend de la vitesse), des
frottements, et bien sûr de la masse de l’appareil. Le calcul est loin de faire
quelques lignes, et le résultat n’est pas montrable du fait de la quantité de
paramètres que j’ai entré dans les équations.
Mais en bref, j’ai une
mauvaise nouvelle pour toi (et du coup pour moi du fait de la similarité de nos
gabarits) : le pilote taquin qui t’a dit que la distance de décollage augmentait
avec le poids a raison. Sans entrer dans la résolution des équations, mais juste
en les posant, ça s’explique.
Si on projette toutes les
forces en présence (traction de l’hélice, poids de l’avion, traînée
aérodynamique et frottement des roues) sur l’axe de la trajectoire (en
l’occurrence l’axe de la piste descendante), on obtient, en faisant la somme des
projections, une force résultante Fr selon cet axe. On
notera Fr = T (traction, à peu près dans l’axe) + P (projection du poids mg) – R
(composante de la traînée selon l’axe) – F (frottement de roulement, dans
l’axe). Les signes – rappellent que R et F
s’opposent à l’avancement de l’avion.
Nos
vieux souvenirs de physique disent que Fr = m x gamma, m étant la masse de
l’appareil et gamma l’accélération.
Il est intéressant (si, si !) de distinguer parmi les forces celles qui
dépendent de m et celles qui n’en dépendent pas.
** T
ne dépend que de la vitesse (mais c’est se compliquer inutilement, on peut
imaginer un groupe motopropulseur parfait qui exerce une traction constante)
** R ne dépend que de la vitesse (R est proportionnelle au carré de la vitesse
par rapport à l’air) pour une configuration des volets donnée
** P [= m g sin(pente)] est proportionnel à la masse m
** F est (d’après la littérature) également proportionnelle à m : plus on charge
la roue, plus elle résiste à l’avancement.
Or, puisque Fr = m x gamma, on a gamma = (T - R + P - F) / m = (T - R) / m + P /
m - F / m
Comme P / m = g sin(pente) = constante, et que F / m = constante, on voit que
s’il n’y avait que ces forces P et F (pas de traction T et pas de traînée
aérodynamique R, par exemple le cas d’un chariot s’élançant sur une pente d’une
planète sans atmosphère), on aurait gamma = P / m - F / m = constante :
l’accélération ne dépendrait pas de la masse, un chariot lourd descendrait à la
même vitesse qu’un chariot plus léger.
Si
on introduit la traînée aérodynamique R (on est revenu dans l’atmosphère
terrestre, on est dans le cas d’un chariot caréné), on a toujours P / m - F / m
= constante, mais on voit que maintenant l’accélération gamma dépend aussi de R
/ m : gamma = - R / m + P / m - F / m = - R / m + constante. Entre deux
chariots, un lourd et un léger, à une vitesse donnée (R ne dépend que de la
vitesse), le plus lourd accélère plus (puisque R/m est plus petit et affecté du
signe -). En fait, même sans carénage (auquel cas R augmente avec la « surface »
présentée par la charge dans le flux d’air), on constate souvent que R / m
diminue quand m augmente : à vélo, j’ai toujours ridiculisé en descente les
maigrichons qui m’avaient humilié en côte.
On
en conclut donc qu’un planeur descend plus vite la piste s’il emporte un pilote
plus lourd. Mais comme sa vitesse de décollage devra être supérieure (le carré
de la vitesse de décollage varie comme la masse m pour que la portance au
décollage compense le poids), il n’est pas évident de dire si sa distance de
décollage sera plus courte ou plus longue sans développer le calcul complet et
voir ce qui se passe selon la valeur de R (coefficient Cx de pénétration dans
l’air). En tout cas, moi, je ne vois pas d’évidence.
Si
on ajoute maintenant la traction T, ce n’est plus seulement R qui intervient,
mais T - R : on a gamma = (T - R) / m + P / m - F / m = (T - R) / m +
constante. C’est bien sûr T qui l’emporte sur R, et la masse m qui augmente
diminue (T – R) / m, c'est-à-dire l’impact de T-R sur l’accélération : l’avion
plus lourdement chargé accélère moins, et utilise donc une distance supérieure
pour atteindre une vitesse donnée. Et si on ajoute, comme on l’a vu pour le cas
du planeur, qu’il doit atteindre une vitesse de décollage plus élevée pour
obtenir la portance qui va bien, on voit qu’il est doublement pénalisé. Pas de
doute, la distance de décollage augmente avec la masse, la pente n’y peut rien.
Conclusion : ton copain qui fait le malin à l’Alpe d’Huez, tu l’invites cet
hiver à faire une descente à ski et là c’est toi qui l’attendras au bar, en bas
des pistes.
Claude
17/08/2007
Bonjour Claude,
J’avais dis simple ! ! ! ! ! ! ! -))
Mais bon, j’accepte le verdict
impitoyable de cette analyse incisive. .Je me
doutais bien que mon joli corps ne pesait pas bien lourd.
Ceci dit, et toujours sous une forme néophyte, peut on dire, pour simplifier,
que le club
doit acquérir des avions adaptés
a nos gabarits ?
Hervé
17/08/2007
Bonjour Hervé,
Je
suis effectivement spécialiste des réponses compliquées aux questions simples.
Et encore, là, je n’ai pas donné le résultat du calcul, la formule magique qui
donne la distance de décollage…
Il y
a deux solutions au problème que tu as soulevé :
* soit, comme tu le suggères, le club s’équipe d’avions adaptés à nos gabarits ;
on peut toujours tenter de faire circuler une pétition réclamant des avions
normaux (!)
* soit nous adaptons notre gabarit aux avions à l’échelle 0,8 dont le club est
doté ; et là, en ce qui me concerne, il y a déjà une pétition qui circule,
lancée par mon épouse.
Claude
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