 |
1 - L'histoire
2 - La
préparation
3 - Avant le vol
4 - La veille
5 - L'épreuve pratique
6 - La morale
7 - Après le
vol
8 - Faisons les comptes
9 -
Conclusion |
1 - L'Histoire
On peut dire que j'y
ai mis le temps. Ce petit rêve de gamin, que l'on avait rangé bien sagement sur l'étagère
était un jour revenu à la surface. Tout avait commencé le
jour des 14 ans de mon fils, où les copains et la "mob"
envahissaient un peu trop nos discussions. La pression montait chaque jour
et comment refuser à un gamin la moto que l'on s'était offerte soi même
quelques années auparavant (avec une belle chute).
Et un matin, l'idée
fut là : Échange moto contre Licence de pilote. Le gamin avait
trouvé le plan très intéressant. La conséquence inattendue fut, qu'a force d'accompagner le
petit faire son vol, le père s'y était mis aussi et qu'un beau matin,
son instructeur l'envoya seul pour quelques tours de piste.
PPL en poche depuis
hier, je rêve au vol de demain, avec les copains du club, avec mon fils
aussi. Dans quelque mois, il décrochera lui aussi sa licence et alors c'est lui qui prendra le relais,
et emmènera ses parents pour un ballade. Aujourd'hui nous partageons cette passion et c'est un plaisir toujours renouvelé lorsque nous
partons vers le club.
2 - La préparation
Pour passer un PPL, il faut un instructeur patient et
méthodique qui sait baliser la route pour "hisser"
l'élève (non, non, le mot
n'est pas trop fort) jusqu'à un niveau supportable. Après plusieurs
heures passées ensemble dans l'habitacle exigu du CR, fourbu et épuisé, il partit en vacances et passa le relais pour quelque
temps à ses collègues, pour cette petit touche finale, ce petit zeste de
formation qui vous clôture bien les deux ans de préparatifs. Et, c'est
là que le doute rattrape le quinqua qui se demande alors pourquoi il
s'est lancé dans cette course, et que peut être qu'il ferait mieux de ne
plus y penser, etc. Mais le quinqua est têtu, alors il continue et
avance d'un pas résolu (?) vers l'inévitable "épreuve pratique en vol".
3 - Avant le vol
Les mauvaises langues ont dit que le stress me faisait maigrir, et
qu'a force de repousser ce test pour des questions de météo, j'allais
finir la peau sur les os.
De toute façon, il est vrai que mon sommeil était fort agité et encombré
de perfides stratus, entrecoupé de quelques orages qui étaient toujours
sur ma route. Et le brouillard, je ne vous en parle même pas. Et puis ce
vent, dans l'axe, pas dans l'axe, des rafales à combien ? Et le pic,
c'est sur, il va être dans les nuages, et dessous on pourra pas passer,
etc. Et alors coté Avignon, maman, les ZIT.....
Et madame, sympa,
presque pas de reproches. Presque .....Bon, il est vrai que pendant que
je cauchemardais avec la météo, elle devait subir le bruit du moteur,
sans parler des retournements brutaux de la carlingue. J'ai quand même
réussi a atterrir plusieurs fois sans quitter mon lit. Ah, délice de la
panne moteur quand tu t'empares de notre sommeil ....
4 - La veille
18h30 à l'Aéroclub pour préparer mon avion, pour ce
petit dernier vol "avant", pour me rassurer parce que le précédent était
plutôt moche. Et là, sur le crépuscule, dans le silence de l'aéroport
qui se prépare pour la nuit, je me suis envolé tout seul avec CA pour 3
tours de piste. Plus un bruit, pas de vent, l'avion glissait sur les
airs. le mot turbulence n'existait plus, le pilote et l'avion en
harmonie. Des attéros comme on les voudrait toujours, les gestes tant de
fois répétés bien présents, bref un instant magique qui m'a donné vingt
minutes de vrai plaisir. En réalité, je crois
bien que c'est à ce moment là que j'ai gagné mon PPL.
5 - L'épreuve
pratique
J'arrive à l'aéroclub a 0500Z, la magie d'hier soir est encore là,
tout est encore sombre, pas un bruit, vent nul, je suis tout seul, je sors les
avions, une dernière vérification du Charly Alpha dans la lueur de
l'aube, la météo sur l'imprimante de la salle briefing - c'est bien
Internet - ça m'aurait ennuyé de réveiller Météo France.
Météo OK, ce sera donc
bien pour aujourd'hui, à droite ou à gauche, au choix de l'examinateur.
0520Z, Après un visite prévol minutieuse, j'installe mon petit barda dans l'avion, mon petit casque, mes
petites cartes, et tous mes gris-gris qui vont me servir pour les trois
heures à venir.
0530Z, pile à l'heure
le Monsieur, bonjour Monsieur, et c'est parti pour Lézignan Castres.
(tout le reste avait déjà était vu lors du précédent contact)
0800Z - Je ne dis pas que le VOR et moi étions d'accord sur tout. Dès le départ, je l'ai
soupçonné de
vouloir jouer cavalier seul. Pour simplifier, j'avais décidé de rattraper dès le
décollage la bonne radiale et de me laisser vivre tranquillement jusqu'a
Lézignan, et collant la cht'i aiguille sur le cht'i rond.
Mais, mystère de l'intellect, cette satanée aiguille partait de l'autre
côté, et plus je virais, plus elle partait. Puis, tout de même, mon
neurone secondaire compris enfin et tout alors rentra dans l'ordre. Le
testeur, peut être encore assoupi, eu certainement quelques secondes d'inquiétude sur mon
avenir de pilote, mais il su cacher son étonnement sous un sourire
apaisant. Pour être honnête et à mon avis, il valait mieux que cette
route étrange ne s'éternise pas !
Ce n'est qu'après cette "petite mise en train" que le miracle de la formation longuement répétée (très longuement) est
retombé sur cet avion. Tout était là où cela devait être. La montagne de
Sète était au bon endroit, Le cap d'Agde n'avait pas bougé, et j'ai même vu
la piste de Béziers (au dernier moment comme d'habitude). C'est
d'ailleurs à cet endroit que le VOR de Montpellier (FJR) a décidé de se mettre en sommeil.
Pas grave ! Béziers Sud en vu,
tout va bien, on ferme un oeil et on vise Lézignan (qu'on ne
voit pas encore, mais de toute façon, je ne vois jamais les aéroports de
loin - Ni les autres avions d'ailleurs). Heureusement notre pays, truffé de jolies côtes et d'une belle autoroute, m'a simplifié
un peu le job et en tournant ma tête pour débloquer quelques
vertèbres, j'ai vu apparaître subitement le terrain de Lézignan droit devant. Quand
je vous dit que les
instructeurs ça sert à quelque chose.
Petite intégration standard - à la Mickey pour faire plaisir à Philippe
- puis le Gentil Examinateur a estimé qu'il était temps
pour le Gentil Pilote de se
mettre au travail, alors on a virevolté un peu dans tous les sens.
J'avoue, un peu honteux, que j'ai bien dû réveiller tous les dormeurs de ce
petit village, celui qui est entouré d'un rond bleu sur la carte
VAC.
|
 |
Une dernière petite
pirouette moteur réduit (un peu sportive m'a-t-il semblé), puis on remonte
à
4500 ft avec un cap direct pour Castres. De toute façon, il
était temps de partir, les éoliennes commençaient à s'énerver
un peu beaucoup, signe de "ça va bouger" |
C'est bien d'ailleurs
les éoliennes. Moi, les manches à air, j'ai du mal, surtout quand
elles sont un peu fanées, et qu'elles se découpent mal sur le sol. Les éoliennes,
ça, ce voit de loin, si tu vois
les pâles dans le bon sens tu connais la direction du vent et en comptant
bien les tours par minute on devrait même pouvoir trouver la vitesse.
En plus l'éolienne est un truc extraordinaire visible de loin par les
pilotes, mais pas par les gens qui dessinent les cartes aéronautiques.
Étrange non ?
Ceci dit, on n'est
jamais trop prévoyant, alors je me cale un petit GAI sur le 320, des
fois que je barbouille à l'arrivée. Un petit bonjour à Toulouse info, Pic de Nore à
droite, 5000 Pieds pour ne pas trop se faire brasser, puis Mazamet sur
la droite dans un
petit trou de nuage, et enfin un aéroport de Castres calme, tranquille,
paisible comme je les aime (si, si, je l'ai trouvé tout seul). Descente
un peu sauvage je dirais, et j'ai eu la preuve qu'au delà
de 500ft/mn en descente, l'instinct de l'instructeur/examinateur
s'aiguise instantanément. Zut, faut que je m'applique un peu sinon,
l'histoire ne va pas bien se terminer et je reconnais que mon
instructeur m'avait déjà répéter bien souvent que le passager avait des
oreilles fragiles. Je le confirme donc, c'est bien avec un examinateur
en bonne santé que nous avons atteint cette deuxième étape.
Après ce fut le
retour, varié, très varié, avec tous les petits exercices sympathiques
que vous pouvez imaginer, soleil dans les yeux bien sûr. Heureusement, la chaussée était bien pavée et j'ai toujours réussi à
trouver le champ adéquat juste sous mes ailes. Et sans blague, j'ai même
retrouvé Pézenas par la face Ouest ! Une première pour moi !
 |
En vue de
Montpellier, serein, l'épreuve touche à sa fin, ambiance
bon enfant ....J'aurais bien du me douter....Et une petite panne de
plus, vite fait pour le plaisir, on ne va pas s'en priver. |
Après ces 171 minutes de
vol, sous un ciel accueillant, un vent "velouté", des terrains qui sont
là ou ils doivent êtres et avec des estimées tip/top que demander de plus ?
Bien si justement, je savais parfaitement ce qu'il fallait demander : Un
bon debriefing (pas catastrophique - non, non) et surtout un petit bout
de papier vert. Bon, c'est vrai, j'ai du soudoyer un zeste le FE avec un bon Perrier
bien frais, pour le obtenir la licence depuis si longtemps convoitée. Ce
que je ne comprends pas c'est que d'habitude, c'est l'élève qui a chaud
.......
Fin du vol, avion
sécurisé, clefs rangées, papier rangé, Hervé sourire béat, bien content. Mais le plus
surprenant, c'est qu'alors, on se sent subitement bien meilleur pilote que la veille !
Réalité ou vanité de l'être humain
?
6
- La morale
La morale de cette navigation particulière, plus sérieuse que cette narration, est qu'il
reste bien des choses encore à apprendre, et que je reste avec la
crainte que ce savoir si fragile ne me file entre les doigts. Messieurs
les instructeurs, non, vous ne vous en tirerez pas à si bon compte ! Il
me reste tant de temps à passer avec vous dans un avion ! Et a ce
propos, je vous informe que je suis à la recherche d'un instructeur
dévoué qui voudra bien me lâcher sur Charly Lima !
7
- Après le vol
Ce qui est bien dans l'épreuve pratique du PPL, c'est les copains.
- Philippe, mon instructeur, il était là, dés l'arrêt du moteur
! (96 heures de d'instruction, on peut dire qu'il avait fait le
plus gros du travail).
- Patrice, instructeur adjoint, un sourire au coin de l'oeil, mais très occupé. Il
était là lui aussi en train de se faire son petit examen avec la DGAC.
Il s'était initié aux joies de la formation l'espace d'un été mais avait
sans doute trouvé la tâche trop lourde et avait préféré rendre l'élève à son instructeur. (8 heures d'instruction au mois de
juillet, pour se faire plaisir).
- Gérard, instructeur adjoint, qui n'était pas là, mais qui ne perd rien pour
attendre. Il apporta sa touche magique et, en peu de
temps, me permit de réviser et franchir les affres de la panne
moteur et du VSV (2 heures d'instruction plutôt dense) - Promis
Gérard, je ne dirais jamais où tu m'as emmené.
- Walter,
instructeur adjoint,
rassuré, il y en allait de sa fierté, il avait tout de même distribué
les deux dernières heures d'instruction (Je témoigne
d'ailleurs à cette occasion que Walter est toujours à
l'heure ....si on lui téléphone une demi heure avant le
rendez-vous.)
- Jean Marie : Il est arrivé juste à temps pour me saluer et
partager mes premières impressions.
- Bernadette : Bravo ! Félicitations à notre nouveau SAINT EX et à bientôt sur Terre des
Hommes, ou sur sa planète ! En attendant le PPL du Petit
Prince.
- Françoise et Michel
: ....t'adressons nos félicitations et
avons une pensée envers tous ceux qui devront entendre nous ne savons combien
de fois le récit homérique de ce test.
- Michel tout seul : Je viens
d'apprendre avec joie ta réussite au test du PPL. Je t'adresse à cette
occasion toutes mes félicitations bien sincères en ajoutant, comme
témoin de ta préparation que nulle récompense n'était mieux mérité par
tant de travail de valeur et de méthode....
J'adore cet instructeur aux propos toujours pertinents et spontanés.
- Claude
qui d'un seul mot, m'avait souhaité tout le nécessaire la veille, et fidèle au poste,
même s'il plane toujours un peu, il m'envoya mon premier Email.
- L'ami Yannick, autour de son Cessna, qui m'interrogeait du regard,
n'osant s'approcher pour en savoir plus et qui se rappelait un peu ému
ce jour récent ou il avait reçu lui aussi sont papier vert.
- Jean Pierre et Nicole qui m'ont salué avec chaleur eux aussi à
ma descente d'avion avant de partir pour un vol en famille.
- Patrick, lui aussi fraîchement PéPé-eLisé, et que je suis
bien content d'avoir rejoint. Juste à temps d'ailleurs pour que nous
puissions fêter nos licences ensemble, derrière le comptoir du club, cet
endroit extraordinaire ou les histoires de pilotes sont toujours plus
belles.
- Nos doyens Gil et Mag, toujours aussi présent, heureux de
saluer un nouveau venu. "Un jeune coq", comme me l'a si gentiment fait
remarquer Mag. Et Gil aura enfin la possibilité de faire dépanner son
ordinateur à Cornus par avion. Un vieux rêve !
- Martine, terrassé par
l'informatique et qui cherche encore ses photos.
- Et Jean Pierre,
licence acquise au club lui aussi, un ancien, revenu de mes souvenirs d'enfance, pour
souffler sur mes ailes.
- Et Harry et tous les autres qui m'ont envoyé ce petit Email.
- Et tout ceux qui m'ont passé ce petit coup de fil sympa.
- Et toutes celles et tous ceux qui de leur bureau ou de leur tanière
ont pensé fort au cht'i Hervé.
8 - Faisons les comptes
Bon maintenant, faut aller payer mes dettes. Pfffffffffffffff ! Bonjour
l'ardoise ! Vu la situation, j'accepte toutes les invitations à déjeuner
pour les 90 prochains jours. N'ayez aucune crainte, je mange si peu.
9
- Conclusion
Vous l'avez
deviné, je suis infiniment content d'avoir franchi cette étape ! Et même
si le FE a su apporter dans l'avion une ambiance
constructive,
et que le prétendant à la licence se sentait sûr de lui, je reconnais
humblement que l'on peut certainement dire
encore "Bon élève mais
doit mieux faire". C'était déjà comme ça d'ailleurs à la maternelle.
Et pour préparer
l'avenir et revenir les pieds sur terre, j'ajouterai la copie de ce
petit mot reçu aujourd'hui : .....et si je dois apporter un souffle sur tes ailes, je
voudrais que ce soit celui de la prudence et de la raison. Le PPL en
poche c'est bien, mais il faut que tu sois vraiment convaincu que ce
n'est que le password pour entrer dans le monde de l'apprentissage
aéronautique. C'est maintenant que tu vas vraiment apprendre, au gré de
tes expériences, (et sans un pénible sur le siège droit), n'oublie pas
que, quelque soit le niveau d'expérience, la seule façon de devenir un «
vieux » pilote est d'avoir beaucoup d'humilité......Tu sais, aujourd'hui
même avec mes 11000 heures de vol, je n'ai jamais aucune certitude.....J.P.
G.
(H.B - Jeudi 15 septembre 2005 - Copyright
http://Aeroclub-montpellier.com) |