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7 /
2003
Dans notre précédente édition, nous présentions les avantages de "l'étude de
cas" en tant que méthode éducative encadrant et favorisant la réflexion
personnelle. Les spécialistes en pédagogie connaissent bien les limites de cette
méthode. Par ailleurs, divers entretiens avec plusieurs lecteurs de REC info
montrent que des limites analogues apparaissent souvent dans l'interprétation de
récits de situations inhabituelles. Parmi ces limites, nous en retenons ici deux
types : l'un affecte l'opérateur expérimenté, l'autre le débutant.
L'opérateur expérimenté peut considérer que le cas relaté est parfois
superficiel, peu grave. Dès la lecture des premières lignes, il devine le
résultat et connaît déjà les leçons de sécurité qu'il extrait de l'événement. En
effectuant ce raisonnement expéditif entre les faits et la conclusion, il
occulte diverses possibilités d'action et se prive d'enseignements nouveaux. Le
risque d'un tel jugement hâtif chez la personne chevronnée a été identifié par
des spécialistes en pédagogie à propos de l'étude de cas.
Un aperçu nous est donné par la déclaration définitive d'un pilote aguerri
lors de l'évocation d'une panne électrique pendant le vol : "je ne connais
qu'une seule règle, j'atterris sur n'importe quel aérodrome, je m'explique
ensuite en cas de reproche ou d'infraction". Si l'application éventuelle de
cette règle péremptoire est concevable en vol dans une situation dynamique
complexe, elle peut être plus nuancée lorsque la réflexion est menée au sol :
plusieurs solutions sont envisageables, selon les conditions météorologiques, la
quantité de carburant restant à bord, l'environnement aérien (voir REC info 7/2002,
paragraphe 2). Il est probablement avantageux de les envisager toutes au sol
pour éviter d'en exécuter une inadaptée en vol.
Une autre particularité, souvent relevée par les formateurs, concerne le
jugement du débutant. Dans un texte, il découvre un aspect de l'activité
qu'il n'avait pas envisagé jusqu'alors. Au cours de la formation initiale, le
stagiaire ne peut être confronté à toutes les circonstances de vol. Il reçoit,
en plus des savoirs et des savoir-faire nécessaires pour exercer l'activité
aéronautique, des bases destinées à interpréter et à comprendre les situations
nouvelles. Il constitue ainsi sa propre expérience. Comme il se trouve rarement
confronté à de telles situations, le débutant peut être tenté de rechercher des
récits instructifs dans l'expérience des autres. Pour en tirer le meilleur
profit, sa réflexion doit dépasser la stricte évocation des faits relatés afin
de concevoir des événements apparentés. Pour susciter une telle démarche
mentale, nous suggérons parfois dans la marge de REC info des commentaires ou
des remarques.
Reprenons l'exemple de la panne moteur en montée initiale relaté dans REC
info 1/2001,
paragraphe 1. Le pilote a pu immobiliser son aéronef avant la fin de la piste
parce qu'il avait pris soin de remonter la totalité de la bande de décollage. Le
lecteur, pilote expérimenté ou débutant, peut par exemple envisager le cas du
même arrêt moteur qui surviendrait à une hauteur de cinq cents pieds.
En considérant les récits de REC info, le lecteur peut appréhender une partie
de la réalité aéronautique en se référant à des exemples passés pour enrichir
ses connaissances. Ces opérations mentales seront d'autant plus productives
qu'il évitera de conclure prématurément, s'il est expert, ou de considérer
l'unicité de l'occurrence relatée, s'il est néophyte. Dans tous les cas,
n'oublions pas que ce travail débute par la bonne volonté des auteurs de comptes
rendus qui déclenche le retour d'expérience.
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1. Quasi collision entre un avion et un attelage au
décollage
" J'indique sur la fréquence d'auto information mes intentions de
départ et je m'aligne en piste 03 revêtue. Un attelage (planeur + avion
remorqueur) est prêt à décoller sur la piste en herbe contiguë. Par
courtoisie, je laisse décoller l'attelage et j'attends une minute environ
car je pense que mon monomoteur est plus rapide.
Je signale à la radio mon intention de décollage et de maintien de
l'axe pendant une minute, puis je décolle. En montée initiale, je suis en
train de rattraper l'attelage tout en réalisant diverses actions de
pilotage dans l'avion. Soudain, mon passager m'alerte à propos de la
trajectoire de l'attelage : il me coupe la route en virant à droite. Je
manoeuvre pour l'éviter et je poursuis mon vol normalement. Le pilote du
remorqueur n'a rien dit à la radio.
Par l'usage que nous avons de notre aérodrome habituel, nous nous
contentons trop souvent de procédures simplifiées, nous somme moins
attentifs à ce que nous faisons, nous oublions que des utilisateurs
extérieurs ne connaissent pas nos conventions tacites, nous n'imaginons
pas que des pratiques différentes existent sur d'autres aérodromes.
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2. Exemple de schémas mentaux différents qui provoquent un décollage
sur un taxiway
" Ce jour-là, rien ne s'est passé comme prévu. Mon avion, un petit
monomoteur, était stationné sur le parking réservé aux aéronefs légers,
situé dans la partie est des installations. Après avoir mis le moteur en
route, j'écoute l'ATIS qui m'indique que la piste en service est face à
l'est.
Au premier contact radio sur la fréquence sol, le contrôleur me demande
si j'ai effectué les essais moteur. Je réponds négativement. J'ai cru
comprendre que j'aurais dû les effectuer avant tout contact, alors que la
documentation aéronautique dont je dispose précise que ces opérations
doivent se faire obligatoirement sur une aire à point fixe.
Dès le début du roulage, j'ai reçu une nouvelle information de vent
suivie d'une proposition pour un décollage face à l'ouest, au QFU opposé.
J'ai donné mon accord et j'ai demandé à être guidé vers ce nouveau point
d'arrêt, ce qui a été fait. En contrepartie, j'ai perdu toute initiative,
toute anticipation et je me suis fié uniquement aux directives transmises.
Bientôt, j'éprouve des difficultés à me situer sur une surface très
étendue, légèrement bombée, avec des repères éloignés et une vision
rasante. Je demande au contrôleur où se trouve le seuil de piste. "Il est
juste devant vous", me répond-il. Je suis si stupéfait que je bégaye une
réponse probablement inintelligible. Le passager, soucieux, me questionne
du regard
Je considère alors que la piste s'étend face à moi. Je n'ose
pas demander une confirmation. Mon hésitation est vite interrompue par le
contrôleur sol qui me demande de passer sur la fréquence tour. Je perds
tout sens critique.
J'obtiens immédiatement l'autorisation pour décoller. J'avais réglé le
directionnel sur le parking. Dans mon empressement, je ne prends pas le
temps de vérifier le directionnel avant le décollage. Je mets plein gaz et
l'avion accélère. La piste me paraît courte, car des repères apparaissent.
Je croise la ligne centrale d'une piste, mais cela ne m'inquiète pas car
il y a deux pistes sécantes sur cet aéroport. Je remarque une manche à air
qui indique un léger vent arrière sans que cela ne m'inquiète : il est
probablement variable depuis le début du roulage.
J'entends à la radio quelques dizaines de secondes plus tard : "Vous
avez décollé sur un taxiway !
-
Oui.
-
Vous venez d'être lâché ?
-
Non, vous m'avez dit que le seuil de piste était devant moi !
-
Exact, en fait, il était à gauche. Rappelez-moi lorsque vous serez
sur votre aérodrome de destination."
J'aurais effectivement dû contrôler le QFU en recalant le directionnel
sur la piste. Cette opération ne me paraissait pas indispensable car je
n'avais pas besoin d'une indication de cap rigoureuse pour le début de mon
vol. " |
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| 3. Arrêt avec
du vent arrière, l'aéronef préfère le vent de face
" J'ai effectué un petit vol d'une demi-heure ce matin en compagnie
d'autres collègues de mon aéroclub. En début d'après-midi, je mets en
oeuvre mon ULM pendulaire pour un voyage planifié depuis deux jours. Après
la mise en route devant le hangar, je roule sur une trentaine de mètres
vers la piste.
Avant l'alignement, je m'immobilise quelques instants face à l'est pour
vérifier le fonctionnement du GPS. C'est alors qu'une rafale de vent
déséquilibre l'ULM qui bascule lentement sur le côté. Je coupe les
contacts moteur. Il n'y a aucun dommage. |
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La barre de contrôle était poussée à fond sans inclinaison. Le
terrain était plat. Je savais que ce genre d'incident pouvait arriver,
mais j'avais sous-estimé la force du vent (nord-ouest pour 20 kt) et son
interaction sur la voile. Ce phénomène a probablement été accentué par la
présence du hangar et d'autres obstacles, ralentissant, accélérant ou
rendant turbulent le vent qui affectait mon ULM. "
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4 . Turbulences sous le vent de l'obstacle
" A bord d'un ULM trois axes sans volet dont la vitesse de décrochage
est de 55 km/h, j'effectue une séance de vol en double commande en
compagnie d'un stagiaire sur le point d'être lâché en solo. La manche à
air, disposée à quatre mètres au-dessus du sol, indique un vent d'environ
dix noeuds provenant du trois quart avant droit. Un schéma précise la
disposition des installations (hangar de 10 m de hauteur à 30 m de l'axe
utilisé).
A la fin d'un exercice d'atterrissage moteur réduit sur la piste
principale, le stagiaire présente l'ULM en finale à la vitesse requise de
75 km/h, sur un plan de pente convenable. A quelques mètres de hauteur,
nous subissons un rabattant. L'ULM s'enfonce sans que la vitesse diminue
notablement. Le stagiaire tient les commandes et je n'ai pas le temps de
réagir : la roue droite heurte un petit talus et se tord. L'aéronef
termine sa course une soixantaine de mètres plus loin sans autre
dommage.
La piste principale mesure environ cinq cents mètres de long. Nous
réalisons toujours des atterrissages de précision. Le vent n'était pas
favorable à l'utilisation de la piste secondaire. Nous n'avions ressenti
aucune turbulence suspecte lors des approches précédentes. " |
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| 5 . Les faits
de sol au décollage
" Je voudrais vous faire part de trois événements qui me semblent
apparentés. Ils sont tous survenus sur des monomoteurs à aile haute, en
été, au décollage sur des pistes revêtues relativement longues.
Le premier s'est produit alors que j'étais en formation de début.
J'étais aux commandes pour un décollage à la charge maxi sur une piste
située vers huit cents mètres d'altitude. A la rotation, l'avion semble
faire de petits sauts de puce, mais ne monte pas. D'un air fâché,
l'instructeur évoque le second régime et prend les commandes. Il réduit la
puissance et abaisse le nez de l'avion qui roule sur la piste. La
puissance est à nouveau appliquée et, une fois la vitesse obtenue, l'avion
décolle normalement.
Quelques années plus tard, j'effectue un poser-décoller en compagnie
d'un instructeur sur un avion analogue. La finale est convenablement
réalisée. A l'arrondi, l'avion efface plus de cinq cents mètres avant de
toucher la piste. J'applique la puissance pour décoller. Les roues
quittent le sol mais l'avion semble glisser sur le côté sans monter. Je
déclare à l'instructeur qui s'apprête à intervenir : "Attends, je sais !"
J'effectue les actions décrites précédemment et l'avion décolle.
Récemment, seul à bord du même avion, j'ai rencontré la même
mésaventure au décollage. Elle paraît survenir surtout lorsque j'agis
nettement sur le manche pour décoller alors que la vitesse est encore un
peu faible. "
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Le REC a été créé en concertation avec le SFACT, la FNA, la FFVV, la
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