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6 /
2003
Dans beaucoup de domaines, des opérateurs sont conduits à prendre des
décisions lourdes de conséquences et à les mettre en oeuvre. C'est le cas par
exemple en matière médicale, judiciaire, sociale, etc. La formation à ces
métiers contient généralement des sessions communément appelées "études de cas".
Lors d'une telle séance, un formateur propose à des stagiaires un problème
fondé sur un exemple concret. Ces derniers doivent procéder à une analyse en se
basant sur des faits, en évitant tout jugement rapide et en faisant appel à des
connaissances acquises préalablement ou en recherchant les informations
manquantes dans la documentation. Généralement, ces premières démarches
débouchent sur plusieurs solutions possibles. Elles sont alors étudiées en
comparant avantages et inconvénients afin de retenir la plus pertinente. Cette
méthode permet la mise en pratique du contenu de cours magistraux, l'acquisition
de processus intellectuels ainsi qu'une préparation mentale à des circonstances
spécifiques, sans engagement de responsabilité et sans pression temporelle. Même
si ce genre de travail dirigé ne reproduit qu'une partie de la réalité
professionnelle, cette méthode pédagogique s'avère particulièrement efficace.
L'étude de cas est-elle transposable pour la formation des pilotes ?
Permettant l'approche de thèmes principalement liés à la composante humaine de
l'activité aéronautique, l'étude de cas privilégie la réflexion approfondie,
l'échange entre les stagiaires et le formateur. Cette technique d'enseignement
offre un complément essentiel à l'instruction en vol et en simulateur. En effet,
ces deux dernières formes d'apprentissage restent irremplaçables pour la
formation des navigants puisqu'elles se rapprochent de la réalité sur le plan
dynamique et ergonomique. Toutefois, elles exigent beaucoup de temps, de
personnels et de moyens matériels.
Le premier article paru dans REC info (n°1/2001,
paragraphe 1), peut servir de base à une étude de cas : à la suite d'une panne
moteur en montée initiale, l'avion atterrit et s'immobilise avant l'extrémité de
piste. Cela suggère une réflexion relative à l'utilisation de la totalité de la
piste. Un raisonnement simple exige la prise en compte :
-
de limitations concrètes telles que les performances de l'aéronef, la
longueur de bande, l'environnement,
-
de facteurs difficilement mesurables tels que l'importance du trafic en
circulation d'aérodrome ou la durée d'occupation de la piste ou des
servitudes,
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d'éléments abstraits liés à l'opérateur humain, habileté, coup d'oeil,
imprécision, éventualité d'erreur, etc.
Les récits, issus des comptes rendus transmis au REC, reflètent une partie de
la réalité aéronautique et peuvent servir de support à des études de cas,
dirigées par un formateur ou conduites de manière autonome par le lecteur.
Continuez à envoyer des comptes rendus au REC ! Vous pouvez ainsi alimenter la
réflexion de chacun et participer à l'amélioration de la sécurité de tous.
Les conseils de sécurité qui résultent
directement de la lecture des textes sélectionnés ne sont pas explicités.
Seuls, quelques commentaires ou propositions de réflexions sont portés en
grisé.
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1. Comment ordonner l'arrivée d'avions de vitesses différentes
?
" De retour d'un vol local à bord d'un monomoteur de tourisme, le
contrôleur m'autorise à entrer dans le circuit en début de vent arrière
pour la piste 25 revêtue derrière un autre avion B plus rapide. Comme un
trafic C en finale compromet les possibilités d'atterrissage, le pilote de
l'avion B ne vire pas en étape de base selon la trajectoire requise mais
prolonge la branche vent arrière au-dessus de zones pavillonnaires dont le
survol est à éviter. Je réduis ma vitesse au maximum et je poursuis le
circuit comme précisé sur la carte VAC.
L'avion B est maintenant en finale, mais je suis mal placé pour
atterrir après lui. Un autre pilote intervient par radio pour m'alerter au
cas où je n'aurais pas détecté l'avion B précédent. J'indique alors que je
le vois bien et que, aligné sur la piste en herbe, j'envisage une approche
interrompue et un autre circuit d'aérodrome.
Si tous les aéronefs prolongent le circuit d'aérodrome au-dessus de
zones urbanisées, le mécontentement des riverains risque de s'accentuer et
le cas d'une panne moteur devient vraiment critique. " |
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2. Savoir prendre la sage décision face à l'adversité
" Le chef pilote de mon aéroclub m'invite à faire part de l'expérience
que j'ai vécue récemment dans le centre de la France. J'ai environ trois
cents heures de vol.
En compagnie d'un passager, je désire réaliser un petit voyage de A,
mon aérodrome de rattachement, vers B et retour dans le même après-midi
d'un jour de mai. Je prépare le vol consciencieusement (météo et notams
obtenus par télécopie). |
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A 15 h 30 locales, je quitte A pour une étape de quarante-deux minutes,
effectuées d'abord à 3 000 pieds QNH, puis à 2500 pieds à cause d'un
abaissement de la base des nuages. Arrivé à B, je me rends à la vigie où
l'agent AFIS m'indique que sur l'aérodrome militaire voisin C, le plafond
vient de descendre à 400 pieds. Je peux observer que le ciel s'assombrit
au nord mais reste relativement clair vers le sud. Par téléphone,
j'apprends que sur l'aérodrome D les nuages sont morcelés (BKN) à 3 000
pieds. Je décide de retourner sans tarder vers A via la verticale de D.
Je décolle de B vers 16 h 30. Je me stabilise à 1 800 pieds QNH et je
quitte la fréquence. Très vite, il me semble que l'horizon se bouche. Je
recherche des zones où le ciel paraît plus clair, ce qui m'amène au
sud-ouest de B. Le GPS m'indique la route magnétique à suivre pour
rejoindre D, mais les conditions météorologiques me l'interdisent. Je suis
obligé de descendre vers 1 500 pieds, puis 1 000 pieds. Le plafond baisse
maintenant rapidement et je ne peux pas revenir vers B. J'estime ma
hauteur à 400 pieds au-dessus du sol. La région est très boisée et les
barbules s'accrochent déjà au sommet des arbres. Me viennent à l'esprit
plusieurs accidents survenus dans la région pendant ces derniers mois. La
perspective d'un survol de la forêt me fait prendre la décision d'atterrir
dans un champ. J'estime avoir le temps de faire une bonne reconnaissance
des lieux. J'explique brièvement les raisons de ma décision à mon passager
préoccupé par la détermination de notre position sur le GPS.
Je me souviens de le l'orientation du vent en B. Je prépare donc un
atterrissage face à l'ouest. Après deux tours dans le secteur d'un vaste
terrain couvert de céréales, je n'observe ni ligne électrique, ni clôture
pouvant gêner mon approche, seule une rampe d'arrosage obstrue la
lointaine extrémité du champ. Après une tentative de contact radio avec B,
je lance un bref message sur 121,5 MHz expliquant que j'atterris dans un
champ à l'ouest de B. Avec un cran de volets, l'avion semble sur une bonne
trajectoire et se rapproche lentement du sol. Lorsque je suis certain
d'atterrir, je coupe la batterie, l'alternateur et les magnétos. L'avion
plane au-dessus des cultures pendant quatre cents mètres environ, puis
s'enfonce et roule sur une cinquantaine de mètres pendant lesquels je
conserve le manche à cabrer.
J'indique sur 121,5 MHz que l'atterrissage s'est effectué sans dommage
matériel ni corporel. Une voix me répond alors de couper tous les contacts
et d'évacuer l'avion. Aucune trace du passage de l'avion ne subsiste dans
les cultures.
Travaillant dans un champ voisin, le propriétaire du terrain arrive à
l'avion après quelques minutes. Grâce à son téléphone mobile, il appelle
la brigade locale de gendarmerie. Elle est déjà en chemin car elle vient
d'être avertie de l'incident. Une heure plus tard, quelques adhérents de
l'aéroclub nous rejoignent. L'abord de toutes ces personnes est très
amical.
Les gendarmes prennent l'initiative de demander les autorisations
nécessaires pour un nouveau décollage. Elles seront accordées le lendemain
matin et l'avion rejoindra sans problème son aérodrome de rattachement
A.
Je n'avais jamais imaginé que je serais un jour conduit à prendre la
décision d'atterrir en campagne plutôt que de tenter la traversée d'un
front. Pendant cette manoeuvre, la confiance et le calme de mon passager
ont favorisé ma concentration. Le transpondeur est resté branché sur 7000
ALT. " |
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METAR, TAF et extrait de carte TEMSI :
A LF.. ..1300Z 31013KT 9999 BKN040 SCT100
19/11 Q1019= B LF.. ..1300Z 25012KT 9999 BKN012 14/11
Q1020= C LF.. ..1300Z 25013KT 9999 FEW016
BKN033 16/07 Q1020=
A LF.. ..1100Z ..1221 21005KT 9999 SCT020 BKN050 OVC100 TEMPO
1215 30005KT 9999 SCT040= C LF.. ..1100Z
..1221 25012KT 9999 SCT025 BKN045 BECMG 1214 BKN018 BKN043 BECMG 1820
30008KT TEMPO 1219 6000 -SHRA SCT008 BKN012 BKN040=
----------------------------------- B LF.. ..1400Z
26008KT 9999 SCT016 OVC026 14/10 Q1020= C LF..
..1400Z 26011KT 6000 -DZ BKN004 BKN010 13/12 Q1020=
B LF.. ..1500Z 27010KT 5000 -DZ BKN013 OVC023
13/11 Q1020= C LF.. ..1500Z 25007KT 9000 SCT008 SCT015
BKN053 13/11 Q1020= |
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3. Un oubli
aux conséquences multiples
" Je suis basé sur un aérodrome A contrôlé et très fréquenté en région
parisienne. Dans le courant de l'après-midi d'un dimanche d'été, je
décolle de cet aérodrome pour un vol local en compagnie d'un ami qui
réalise ainsi sa première expérience en avion de tourisme. Lorsque je
tente de quitter la fréquence avec la tour de contrôle, je ne reçois
aucune réponse : il me semble que la radio ne fonctionne plus. J'affiche
7600 ALT au transpondeur, mais l'indicateur de réponse reste éteint.
Pourtant, au tableau de bord, le voyant "low voltage" ne s'éclaire pas.
Quelle erreur, quel oubli ai-je pu commettre ? Un
contacteur-disjoncteur est-il déclenché ? Quelles sont les actions
préconisées dans le Manuel de Vol de l'avion ? Après plusieurs
vérifications, je dois me rendre à l'évidence : mon avion subit une panne
électrique qui n'affecte pas les circuits d'allumage du moteur.
Je choisis immédiatement de ne pas retourner vers mon aérodrome de
départ A car il est interdit aux avions non munis de radio et les points
d'entrée sont souvent encombrés en fin de week-end. J'envisage alors un
déroutement sur un aérodrome B non contrôlé, utilisé en auto information
et éloigné d'une cinquantaine de kilomètres. Toutefois, par beau temps, il
y a un trafic intense d'avions de tourisme, de planeurs et de remorqueurs.
L'utilisation de la radio m'y semble indispensable.
Je considère enfin un autre aérodrome C, contrôlé en espace aérien de
classe G et situé à vingt minutes de vol environ. La carte VAC ne comporte
aucune mention interdisant l'accès aux aéronefs non munis de radio. Avant
le vol, j'avais noté qu'aucun NOTAM n'affectait cet aérodrome et que les
zones militaires situées sur ma trajectoire n'étaient pas actives.
J'approche de C pour un passage à la verticale des installations à 1
500 pieds au-dessus du sol. Un avion décolle puis vire dans le circuit
d'aérodrome. Je m'insère derrière lui. A la fin du dernier virage, je
commande le braquage des volets vers 20° puis vers 30°. Le comportement de
l'avion me semble bizarre et sa vitesse est excessive. Je me rends compte
alors que les volets ne sont pas sortis. Effectivement, il n'y a plus
d'énergie électrique pour les actionner. J'interromps l'approche et
présente à nouveau l'avion sur une finale stabilisée à une vitesse
convenable. L'atterrissage, le roulage et le stationnement de l'avion se
font sans difficulté.
A la vigie, je demande que mon aérodrome de départ A soit informé de
mon atterrissage. Là, me sont gentiment rappelés les points réglementaires
ignorés ou restés nébuleux, le stress provoqué par la situation de panne
aggravait la confusion et perturbait mon raisonnement. Le contrôleur
m'indique également qu'il m'a envoyé des signaux lumineux verts. Pendant
mes évolutions autour de l'aérodrome, j'ai surveillé la tour de contrôle
pour détecter un éventuel signal interdisant l'accès. J'ai seulement
constaté une lueur verte mais je ne l'ai pas interprétée comme une
autorisation d'atterrir.
Averti par téléphone, un instructeur de mon aéroclub vient en avion sur
l'aérodrome C pour m'assister. Les contrôleurs de A et de C acceptent un
retour simultané des deux avions. Je dois décoller le premier à bord de
l'avion en panne radio, mon instructeur et mon passager seront dans
l'autre avion.
Je ne suis pas familier du démarrage d'un moteur par l'hélice.
L'instructeur m'explique en détail les actions à effectuer pour mener à
bien cette délicate mise en route. Des cales sont mises devant les roues ;
l'instructeur dirige la procédure tout en brassant l'hélice ; le moteur
démarre après plusieurs tentatives. Les cales sont enlevées. Aucune
génération électrique ne fonctionne.
Pendant que l'instructeur met en oeuvre l'autre avion, j'effectue les
actions et les vérifications nécessaires. Arrivé au point d'arrêt, ne
voyant personne en finale, je m'aligne et je décolle. En parcourant la
branche vent traversier, je vois l'autre avion au roulement sur la piste :
j'aurais dû attendre quelques instants de plus au parking. Quelques
minutes plus tard, l'instructeur me rejoint et m'accompagne vers mon
aérodrome de rattachement A. J'y atterris sur la piste préconisée pour les
aéronefs dont les radiocommunications sont interrompues après un premier
contact. Je roule vers le parking où l'autre avion me retrouve. Il
apparaît que si la concertation avait été efficace pour le démarrage, elle
avait été très imprécise pour la réalisation du vol retour.
D'après le mécanicien, une anomalie de l'alternateur associée à une
panne du voyant "low voltage" se sont combinées à une oubli de ma part en
début de vol. En effet, au démarrage du moteur, le voyant "low voltage"
est normalement éclairé et la commutation de l'alternateur doit provoquer
son extinction. Lorsque j'avais effectué la mise en route, je n'avais pas
contrôlé l'éclairement puis l'extinction du voyant au moment de la
commutation. J'avais simplement vérifié qu'il était éteint après la
commutation. Or ce voyant était grillé, donc en permanence éteint. "
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Ce document est destiné à être reproduit, diffusé, affiché. Des
extraits peuvent être utilisés dans d'autres publications à condition que
le but poursuivi soit la prévention des accidents et que l'origine de
l'extrait soit précisée.
Pour compléter votre collection, vous pouvez demander les numéros de
REC info qui vous manquent soit par courrier électronique (adresse : rec@bea-fr.org), soit par lettre à
REC/BEA, bât. 153, Aéroport, 93352 Le Bourget Cedex.
Le REC a été créé en concertation avec le SFACT, la FNA, la FFVV, la
FFPLUM, l'ANPI, l'AOPA, le SNIPAG, le GFH-SNEH, France Voltige ainsi que
divers regroupements de pilotes professionnels de l'aviation générale.
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