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2003
Les précédents numéros de REC info expliquent qu'une situation de vol peut
être représentée par un repère localisé dans une zone répartie entre, à gauche,
un champ de pratiques sûres et, à droite, un champ de pratiques dangereuses. Une
accumulation de dégradations mineures du niveau de sécurité, le repère avançant
vers la droite, peut conduire à l'apparition d'un risque d'accident imminent.
Existe-t-il des facteurs susceptibles d'éloigner la menace d'un danger, faisant
ainsi recvuler le repère vers la gauche ?
L'examen de plusieurs événements montre que, très souvent, des qualités
personnelles comme un savoir-faire particulièrement habile, des connaissances
étendues et immédiatement utilisables, une compréhension claire de
l'environnement, une perception précise des possibilités d'action, une prise en
compte des limitations liées à l'élément humain ont sauvé la situation. Ces
qualités personnelles réduisent la probabilité d'un accident et déplacent le
repère vers une zone de moindre danger. Elles contribuent également à la
définition du professionnalisme d'un acteur, de la compétence d'un pilote, de
l'efficacité d'un encadrement, du talent d'un instructeur.
Il apparaît donc qu'une même situation caractérisée par un même ensemble de
facteurs peut se révéler dangereuse pour un acteur peu exercé alors qu'elle peut
apparaître relativement plus sûre s'il est accompagné d'une personne plus
compétente. De ce fait, cette dernière constitue un exemple à suivre, une
référence pour l'acteur inexpérimenté animé du désir de progresser.
C'est pourquoi un pilote exercé peut se trouver en situation sûre alors
qu'imitant celui-ci, un pilote néophyte peut s'exposer à un risque. Servant
involontairement de modèle à l'acteur débutant et pour éviter de le mettre en
danger, la personne chevronnée doit avoir parfaitement conscience de l'image
qu'elle donne d'elle-même. Elle peut aussi éventuellement expliquer
que :
En étudiant attentivement le récit d'une situation inhabituelle vécue par un
usager, le lecteur peut se placer mentalement dans une situation comparable et
estimer lui-même ses limitations. Continuez à envoyer des comptes rendus au REC,
vous participez ainsi à l'amélioration de la sécurité de tous.
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1. Le temps presse, les passagers descendent, le moteur
tournant !
" Par un bel après-midi de novembre, je me rends aux commandes
d'un avion de mon aéroclub sur un aérodrome voisin pour effectuer, au
départ de ce dernier, un vol local de promenade en compagnie de deux amis.
Le circuit est particulièrement agréable et dure un peu plus que prévu. Je
réalise soudainement que je dois me presser si je veux me rendre avant la
nuit aéronautique sur mon aérodrome de rattachement.
J'atterris et je roule vers le parking. Là, je laisse descendre mes
deux passagers alors que le moteur tourne, comme mon instructeur le fait
habituellement lors des premiers vols solo.
Mes amis s'éloignent et je prends quelques instants pour rassembler mes
documents et mémoriser les premiers éléments du vol retour. Après cela, je
commence à rouler vers la piste. Alors que je tente de diriger l'avion à
droite, je sens l'avion virer vers la gauche en s'enfonçant. Je m'aperçois
alors que je me suis arrêté très près de la pompe à carburant. Persuadé
d'avoir roulé dans un trou, j'arrête le moteur et j'inspecte rapidement le
train d'atterrissage. Comme je ne décèle aucune anomalie, je repousse
l'avion en arrière pour repartir.
Le vol retour ne présente aucune particularité. Après l'atterrissage,
je fais le plein des réservoirs et je remplis les documents adéquats.
C'est l'heure de la nuit aéronautique. Je participe au rangement des
avions dans le hangar. Mon chef pilote constate alors que le revêtement de
l'aile gauche est légèrement endommagé. J'avais donc heurté un objet placé
près de la pompe sur l'aérodrome précédent. "
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2. Pilote d'aéroclub ou pilote de chasse ?
" L'aérodrome est constitué d'une piste en herbe de 1 000 m de long. Il
est utilisé en auto information sur la fréquence club 123,5 MHz.
Je suis jeune instructeur, récemment employé par l'association comme
chef pilote. Il m'arrive d'avoir du mal à faire valoir mes points de vue
en ce qui concerne la sécurité, surtout face à des pilotes plus âgés
parfois peu soucieux de la sécurité et qui totalisent très souvent plus
d'heures de vol que moi.
Un jour arrive sur l'aérodrome un navigant de l'armée de l'air. Il
était venu quelquefois au bar de l'aéroclub où il faisait l'admiration de
bien des jeunes adhérents désirant faire du pilotage d'avion leur métier.
Pour ma part, je restais assez indifférent à son charisme. |
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Le pilote de chasse est ce jour-là accompagné par son ami président
de l'association et par quelques autres personnes : à la fin d'une fête de
famille, il propose à tous une promenade en avion. Le quadriplace de
l'aéroclub est retenu pour l'occasion par le président. Ce dernier
s'occupe de tout et me demande de laisser faire. Pas besoin d'un vol en
double commande avec un instructeur débutant. Le pilote est pressé et déjà
en retard sur le créneau de réservation. En compagnie de membres du club
éblouis, j'observe.
L'avion était dehors. Sans effectuer de visite prévol, le pilote
s'installe aux commandes, le président fait monter les passagers puis
vérifie la fermeture de la porte. La mise en route est rapide, l'avion
roule normalement mais avec un régime moteur élevé. Les pieds du pilote
sont probablement restés sur les freins. Peu de temps plus tard, l'avion
s'aligne et décolle. A moins de dix mètres de hauteur, il dégage l'axe par
un virage serré à droite en montée
Je suis consterné : le modèle qui inspire beaucoup de jeunes montre
exactement les opérations auxquelles je m'oppose. J'exprime mon désaccord
au président qui me demande d'être indulgent envers ce pilote et confiant
en ses capacités prodigieuses.
Environ vingt minutes plus tard, au retour, l'avion arrive directement
en finale par un dernier virage à très basse hauteur puis atterrit. Il
roule rapidement au parking, l'hélice s'immobilise en même temps que
l'avion. Le président accueille le pilote et les passagers ravis de leur
promenade. Le groupe s'éloigne.
Cet événement constituait pour moi une situation inhabituelle même si,
sur le moment, ma seule intervention a été d'exprimer mon désaccord
à un président sourd à mes arguments. Quelques jours plus tard, je
concrétisais ma divergence de vue en précisant les raisons de ma
démission. " |
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| 3. Un exemple
de bon sens
" Je suis maintenant pilote de ligne et j'exerce dans une
compagnie majeure un métier passionnant. Il m'arrive actuellement
d'observer ou de vivre des situations qui me rappellent un événement
inoubliable qui s'est produit pendant le début de ma formation de
pilote.
Je devais faire, comme tous les stagiaires, quelques heures en double
commande sur un avion de voltige (biplace). Je ne connaissais pas
exactement les objectifs de la formation que je devais ainsi recevoir.
J'ai encore aujourd'hui du mal à les discerner.
Plusieurs instructeurs se sont succédés pendant cette période. Dès le
début de la première leçon, l'un d'eux me déclara qu'avec le peu d'heures
de vol allouées je ne pouvais pas apprendre la voltige. Il ne fallait pas
se casser la tête. Il me proposa de profiter du vol pour faire un peu de
tourisme dans la région et me demanda de ne pas toucher aux commandes.
J'acceptais, comme toujours, la proposition de mon instructeur.
Le vol n'était pas commun. Le pilote instructeur a mis l'avion en vol
dos puis s'est engagé dans une vallée relativement profonde et étroite
qu'il a remontée pendant quelques minutes, jusqu'à l'arrivée dans un
cirque étendu entouré de montagnes. Ce secteur élargi permettait d'évoluer
vers le vol ventre, puis de prendre de l'altitude. Après ce vol, j'étais
incommodé. J'avais des nausées. J'ai demandé à l'instructeur de revenir
vers notre aérodrome de rattachement pour terminer rapidement le vol.
J'avais probablement eu peur. Le ciel et la ligne d'horizon me
semblaient invisibles, je ne comprenais pas comment on pouvait conserver
le contrôle de l'avion, observer une assiette ou une inclinaison. Je
pouvais voir la rivière au-dessus de ma tête. Nous étions largement
en-dessous des crêtes. L'étroitesse de la vallée ne permettait pas le
demi-tour. Si le moteur était tombé en panne
Selon des collègues stagiaires, certains instructeurs réalisaient des
figures de voltige dans ce genre de vallée.
Une telle pratique me fait réfléchir encore aujourd'hui sur la qualité
des actions de formation dispensées par certains instructeurs. Cela ne m'a
pas dégoûté de l'aviation, au contraire. Cet événement a été une bonne
leçon et il revient souvent à ma mémoire pour m'appeler à piloter
prudemment. La formation dans cette école de pilotage était globalement de
bonne qualité."
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4. Un stagiaire trop léger
" L'après-midi est déjà bien entamée. Je viens d'effectuer
plusieurs petits vols en double commande et je pense prendre quelques
instants de repos. Un stagiaire débutant s'approche et me demande de lui
dispenser une leçon en vol : il est préparé et le planeur biplace est
disponible en piste. J'accepte volontiers. |
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Au décollage, le stagiaire agit sur le manche mais le planeur prend
une assiette trop fortement cabrée. A environ cinquante mètres de hauteur,
le câble se rompt. Je reprends les commandes mais je ne récupère le
contrôle du planeur qu'à une dizaine de mètres du sol. Nous atterrissons
sans dommage.
Je n'avais pas pris en compte que le stagiaire, en place avant, était
de petite taille et ne pesait pas plus de cinquante kilos. Cet élément
avait accentué la manoeuvrabilité du planeur (variation d'assiette
importante pour un effort faible sur le manche) et réduit sa stabilité
(mouvements oscillatoires importants qui peuvent diverger). " |
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5. Des vibrations
suspectes
" Je termine une séance en double commande au cours de laquelle
des exercices de récupération de virage engagé et d'autorotations ont été
étudiés. Les limitations en vitesses, régimes et facteurs de charge ont
été respectées. Au parking je perçois quelques vibrations lorsque le
moteur tourne au ralenti.
Je repars pour un deuxième vol. Au point d'attente, les essais moteur
ne présentent pas d'anomalie. Cela semble exclure un problème d'allumage.
Au ralenti, les vibrations restent sensibles. Nous décollons pour
plusieurs tours de piste. Plein gaz et à 2 400 tours par minute, il n'y a
aucune vibration. A 1 700 tours par minute, les vibrations apparaissent.
De retour au parking, le mécanicien détecte une rupture au niveau du
moyeu de l'hélice. Cette détérioration, cachée par le cône d'hélice, était
invisible pendant la visite prévol. Quelques minutes de vol de plus et
l'hélice pouvait se rompre. |
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L'hélice n'a subi aucun choc ni contact avec le sol avant cet
incident. De marque Mac Cauley (n° 1A103/TCM 6958 14 RDB 149), elle
équipait un moteur Lycoming O 235 (en fin de potentiel) sur un Cessna 152.
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Ce document est destiné à être reproduit, diffusé, affiché. Des
extraits peuvent être utilisés dans d'autres publications à condition que
le but poursuivi soit la prévention des accidents et que l'origine de
l'extrait soit précisée.
Un courrier électronique peut être envoyé au REC à l'adresse : rec@bea-fr.org
Le REC a été créé en concertation avec le SFACT, la FNA, la FFVV, la
FFPLUM, l'ANPI, l'AOPA, le SNIPAG, le GFH-SNEH, France Voltige ainsi que
divers regroupements de pilotes professionnels de l'aviation générale.
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