A l'entrée du centre du SEFA de Grenoble,
Il pourrait y avoir cette inscription : " Vous qui entrez ici,
abandonnez l'idée que vous êtes un bon pilote..!".
Grenoble St Geoirs a une
réputation et il est difficile de faire abstraction de l'ambiance
quasi monacale des lieux. Certes, il y a une piscine, un terrain de
tennis, des chambres coquettes et un self qui prépare de la bonne
bouffe mais tout ce bel environnement ne peut nous faire oublier
qu'ici on pense pilotage, rigueur de pilotage, exigence de pilotage,
pilotage toujours et pilotage encore...
Très rapidement, nous prenons connaissance des
lieux: Des hangars avec sa flotte de TB 10, les ateliers de
maintenance, le bureau de piste, la salle des opérations, les salles
de briefing-debriefing. Tout y est parfaitement organisé, chaque
place a sa chose et chaque chose a sa place. J'ai l'impression de
circuler dans un magasin où il n'y aurait que des vases Ming, de la
porcelaine de limoges et du cristal de Pologne. J'évite à tout prix
le « touche pas à ça, p’tit c.. ! ». Pourtant, le personnel,
Instructeurs en tête, fait des efforts démesurés pour qu'on se
sente à l'aise. Le tutoiement est souvent de mise et la plaisanterie
jalonne les propos même les plus sérieux. Mais il va falloir un
petit moment avant de roder quelques habitudes.
Le rythme est soutenu ; à 8 heures le briefing,
les vols, les TP4 (leçons en salle), les memos. C’est terminé
souvent vers 18 h avec une pause de 45’ pour le repas de midi. La
piscine est la bienvenue, 20 minutes d’immersion et ça fait « Pshiiii… ! »
quand j’y plonge. Le repas du soir à 19.30 et à 20 h ça repart
jusqu’à 22 h pour préparer la journée du lendemain (mise à jour de
fiches pédagos, préparation du briefing, révisions des procédures,
lecture du Manex, etc…).
C’est pas l’enfer mais ça y ressemble ; on
travaille presque aussi durement que des enseignants de l’Education
Nationale…(hé hé !)
Mais le point clé de la formation c’est le vol.
Alors là, accroche toi Jeannot ! Je te renvoie à la petite phrase du
début qui devrait, en guise d’avertissement, être suspendue au
fronton de l’abbaye.. .euh pardon .. du centre ! Tu croyais savoir
ce qu’est une check avant mise en route ? une check avant
alignement ? un décollage ? une montée normale ? une mise en
palier ? eh bien tu as faux, tout faux ! La radio, le roulage, le
tour de piste ( standard ou rectangulaire ? ) encore faux ! A quelle
vitesse le palier attente ? Ah oui ? Tu as appris tout ça à la foire
tu trône ? T’es sûr qu’on est en palier ? j’ai l’impression de faire
du yoyo ! Fais voir un peu ton intégration en terrain non
contrôlé ? C’était qui ton instructeur ? Un japonais qu’a servi chez
les Kamikazes ? Et puis l’ interruption volontaire de vol, tu crois
vraiment qu’on va atterrir dans ce carré de choux ? Trouve moi un
champ qui ressemble à la 26R de Roissy, j’en vois un d’ici…
Je ne me souviens pas être descendu du TB 10 avec
un chemise sèche. Pourtant mon instructeur était un garçon d’une
gentillesse exemplaire, d’une grande efficacité, d’une rigueur calme
et d’une prévenance que plus humaine, tu meurs ! Malgré toutes ces
qualités, c’est lui qui, dans l’exiguïté du cockpit entre 1500 et
4500 pieds , a eu raison de mes cinq kilos de surpoids !
Weight watchers ? Faites un tour par Grenoble
Saint Geoirs !
Que dire d’autre ? Que ce concentré de formation
remet définitivement les mauvais plis en bonne place et que la
sécurité doit être omniprésente. Que le pilotage est toujours
perfectible même à Saint Geoirs et que le danger pointe sa salle
figure lorsque l’on se persuade du contraire. Et enfin que je dois
mille remerciements à Walter Praduroux et à Gérard Godot pour leurs
informations et leurs conseils.
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